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La relecture des manifestes écrits par Édouard Glissant et Patrick Chamoiseau entre 2000 et 2009, et co-signés avec des collectifs d’intellectuels pour deux d’entre eux, est rendue frappante par le caractère actuel des écrits et passionnante à de nombreux égards ... L'ensemble dégage une force brutale et indomptable de ce qui pourrait ressembler à un rappel, à un avertissement. Si on est frappé par l’actualité de ces textes, c’est autant en raison de l’originalité de l’expression de ces écrivains que par la conscience qu’ils ont du rapport qui unit l’œuvre littéraire aux conditions sociologiques de sa production. Ils conjuguent la création poétique, la réflexion politique et l’action en réparation des brèches (créées par l’ordre colonial) entre mémoire et histoires collectives. Trois exemples. Page 66, « La mondialité (qui n’est pas le marché-monde) nous exalte aujourd’hui et nous lancine, nous suggère une diversité plus complexe que ne peuvent le signifier ces marqueurs archaïques que sont la couleur de la peau, la langue que l’on parle, le dieu que l’on honore ou celui que l’on craint, le sol où l’on est né. L’identité relationnelle ouvre à une diversité qui est un feu d’artifice, une ovation des imaginaires ». Assumer fièrement d’être le produit de cultures, de civilisations, de langues, de religions qui se mêlent, se confondent, parfois se contrarient. Oui, mais Glissant et Chamoiseau ne confisquent pas le « processus de créolisation ». Avec eux, le monde entier se « créolise » car il s’enfonce dans une période de complexité et d’entrelacs en tous genres rendant particulièrement difficiles les prévisions. Les écrivains appellent à l’intuition et à la force de l’imaginaire pour prendre part aux changements. Un rappel ? Un avertissement ? Page 132, « Il n’y a de puissance que dans la Relation, et cette puissance est celle de tous. Toute politique sera ainsi estimée à son intensité en Relation. Et il y a plus de chemins et d’horizons dans le tremblement et la fragilité que dans la toute-force ». Les métaphores de « l’identité-rhizome », de la « langue écho-monde » ou de la « littérature-monde » ne sont jamais mentionnées mais le principe identitaire s’épanouit dans la Relation puisque définitivement associé à l’altérité. Glissant et Chamoiseau nous entraînent subrepticement vers une forme d’affranchissement identitaire. Comment pourrais-je vivre sans reconnaître, sans re-connaître l’autre ? Comment pourrais-je appréhender sereinement l’avenir sans admettre que mon identité est en devenir perpétuel ? Un rappel ? Un avertissement ? Page 147, « L’autre très haute nécessité est ensuite de s’inscrire dans une contestation radicale du capitalisme contemporain qui n’est pas une perversion mais bien la plénitude hystérique d’un dogme ». Depuis la Caraïbe, définie dans la postface d’Edwy Plenel comme le « lieu de bascule dans notre modernité d’un monde en relation, à la fois fini, commun et marchand, pour le meilleur et pour le pire », Edouard Glissant et Patrick Chamoiseau interrogent largement le monde sur son fonctionnement aujourd’hui. Une réflexion sur la production locale, sur la mondialisation néolibérale et, grâce à l’éthique de la Relation, sur le respect des réalités des peuples. Un rappel ? Un avertissement ?
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Format : Article
Treatment : Concept Analysis
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La relecture des manifestes écrits par Édouard Glissant et Patrick Chamoiseau entre 2000 et 2009, et co-signés avec des collectifs d’intellectuels pour deux d’entre eux, est rendue frappante par le caractère actuel des écrits et passionnante à de nombreux égards ... L'ensemble dégage une force brutale et indomptable de ce qui pourrait ressembler à un rappel, à un avertissement.

Si on est frappé par l’actualité de ces textes, c’est autant en raison de l’originalité de l’expression de ces écrivains que par la conscience qu’ils ont du rapport qui unit l’œuvre littéraire aux conditions sociologiques de sa production. Ils conjuguent la création poétique, la réflexion politique et l’action en réparation des brèches (créées par l’ordre colonial) entre mémoire et histoires collectives. Trois exemples.

Page 66, « La mondialité (qui n’est pas le marché-monde) nous exalte aujourd’hui et nous lancine, nous suggère une diversité plus complexe que ne peuvent le signifier ces marqueurs archaïques que sont la couleur de la peau, la langue que l’on parle, le dieu que l’on honore ou celui que l’on craint, le sol où l’on est né. L’identité relationnelle ouvre à une diversité qui est un feu d’artifice, une ovation des imaginaires ».

Assumer fièrement d’être le produit de cultures, de civilisations, de langues, de religions qui se mêlent, se confondent, parfois se contrarient. Oui, mais Glissant et Chamoiseau ne confisquent pas le « processus de créolisation ».

Avec eux, le monde entier se « créolise » car il s’enfonce dans une période de complexité et d’entrelacs en tous genres rendant particulièrement difficiles les prévisions. Les écrivains appellent à l’intuition et à la force de l’imaginaire pour prendre part aux changements. Un rappel ? Un avertissement ?

Page 132, « Il n’y a de puissance que dans la Relation, et cette puissance est celle de tous. Toute politique sera ainsi estimée à son intensité en Relation. Et il y a plus de chemins et d’horizons dans le tremblement et la fragilité que dans la toute-force ».

Les métaphores de « l’identité-rhizome », de la « langue écho-monde » ou de la « littérature-monde » ne sont jamais mentionnées mais le principe identitaire s’épanouit dans la Relation puisque définitivement associé à l’altérité.

Glissant et Chamoiseau nous entraînent subrepticement vers une forme d’affranchissement identitaire. Comment pourrais-je vivre sans reconnaître, sans re-connaître l’autre ? Comment pourrais-je appréhender sereinement l’avenir sans admettre que mon identité est en devenir perpétuel ? Un rappel ? Un avertissement ?

Page 147, « L’autre très haute nécessité est ensuite de s’inscrire dans une contestation radicale du capitalisme contemporain qui n’est pas une perversion mais bien la plénitude hystérique d’un dogme ».

Depuis la Caraïbe, définie dans la postface d’Edwy Plenel comme le « lieu de bascule dans notre modernité d’un monde en relation, à la fois fini, commun et marchand, pour le meilleur et pour le pire », Edouard Glissant et Patrick Chamoiseau interrogent largement le monde sur son fonctionnement aujourd’hui.

Une réflexion sur la production locale, sur la mondialisation néolibérale et, grâce à l’éthique de la Relation, sur le respect des réalités des peuples. Un rappel ? Un avertissement ?